Mille livres en tête

Mille livres en tête

Les assiettes cassées / Emilie RIGER

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Chère Emilie,

 

Il y a un peu plus d'un an, sous ta plume toute en sensibilité, qui sait faire passer les émotions comme peu de personnes, tu m'avais accordé ta confiance en me dévoilant l'histoire de Raphaël et Salomé - qui ont changé de nom depuis - pour que je te donne mon ressenti. Bon, tu sais ce que je pense du terme de "Bêta lectrice" et de ma place en tant que chroniqueuse dans la sphère littéraire ; je ne me considère ni comme l'une, ni comme l'autre malgré les pages noircies.

 

Lectrice dès tes premières lignes, je ne t'ai jamais caché que malgré une confiance renouvelée, je ne donnerai jamais un avis contraire à mon ressenti. Que si quelque chose me dérangeait, tu le saurais. Même que la couverture ne reflétait pas toute la force et le romantisme de tes écrits, ça je te l'ai dit. Mais quand on connaît l'histoire de la photo, on change d'avis forcément.

 

Au travers de l'histoire de Rose et Nathan, tu as su me faire assister à une histoire d'amour dans toute sa splendeur et avec tout le romantisme qui soit. Tu as su associer le côté atypique de cette relation et la poésie des mots et des gestes.

 

Effectivement, comme je te l'ai dit, certaines phrases ont été douloureuses à lire tant elles résonnaient en moi. Tu avais émis l'idée que j'arrête mais ça aurait été trahir cette histoire qui venait d'éclore sous mes yeux et ton travail d'auteure. J'ai continué et je ne l'ai jamais regretté. Et aujourd'hui, me voilà la découvrant dans sa forme définitive ; que tu as courageusement dévoilée à tous.

 

Tu as su créer des personnages authentiques de sincérité et habités par des émotions tellement fortes. Tu ne leur a rien épargné comme pour tester la force de leurs sentiments. Tu ne t'es pas souciée des "Qu'en dira-t-on" en mettant en lumière un sujet tabou dans notre société si conventionnelle. Et je sais que, s'il y a un livre dans lequel tu as mis beaucoup de toi, c'est bien celui-là.

 

Ce n'est pas faire preuve de voyeurisme que de s'immiscer dans ses missives pleines d'amour mais aussi de regrets, de frustration, de peur et de doutes sous-entendus. Mais au contraire, c'est un réel privilège que de voir que l'amour avec un grand A, sans fioritures ni faux-semblant, peut encore exister ; et pas seulement dans les livres, j'en sais quelque chose et tu le sais aussi. Et que le romantisme n'est ni ringard, ni mort.

 

Connaissant ton amour pour les mots, je me suis donc permise d'écrire à tes enfants de plume ; j'espère que tu ne m'en voudras pas de cette prise de liberté.

 

Je t'embrasse tendrement. Gaëlle

 

Chère Rose et Cher Nathan,


C'est avec une certaine émotion que je me plonge, à nouveau, dans votre histoire. Vous souvenez-vous de notre première rencontre il y a un peu plus d'un an, un jour de juin ? Votre maman de plume, Emilie, appelle ça une bêta lecture. J'en serais bien incapable. Qui suis-je pour cela ? En tout cas, elle fut brève mais oh combien marquante pour moi. J'étais un des premiers témoins de votre histoire ; bien avant qu'elle ne soit dévoilée au grand jour il y a quelques semaines.


Toi Nathan, qui t'appelait Raphaël il me semble, avec toute la fougue de ta jeunesse, tu es un des rares, dans notre ère technologique, à prendre encore la plume pour écrire tes sentiments sur un papier. Cela montre bien quelle sensibilité dort au plus profond de toi et que tu assumes pleinement ; ce qui est assez rare pour le souligner. Et tu dois aussi être un cas isolé (ou tout simplement passionnément fou) pour être tombé littéralement en amour pour un regard sur un portrait, au point de vouloir retrouver son modèle. Qui fait ça ? Et surtout de nos jours. Aurais-tu pu croire qu'une lettre anodine, à laquelle tu n'espérais peut-être pas de réponse, allait changer le cours de ta vie ?


Bien qu'accompagné dans la vie, ton cœur est toujours à prendre. Et sans que tu saches pourquoi, il a été pris par un seul regard. Et tu t'es lancé à corps perdu dans sa quête. Tu étais prêt à respecter le choix de sa propriétaire, qui a été quelque peu étonnée par ta démarche. Mais tu ne la connaissais pas, effectivement.


Toi Rose, dont je trouvais le 1er prénom, Salomé, tellement beau, tu as la sagesse de ton bel âge. Ta vie d'épouse s'est arrêtée il y a déjà bien longtemps mais tu as gardé en toi toute cette impétuosité et cette curiosité d'esprit que je t'imagine bien avoir toujours eu. Tes 3 beaux enfants ont toujours été ta priorité ; ils te le rendent bien aujourd'hui. Sais-tu que ta maman de plume a 3 petits lutins elle aussi ? Je sens, quelque part, que vous avez beaucoup de très beaux points en commun à ce sujet.

 

"J'ai eu ma part de rires et de larmes, de rêves réalisés et de regrets infinis, de courage et de faiblesse"


Ta réaction face à la démarche de Nathan m'a un peu surprise. Je m'attendais à ce que tu coupes court franchement, à cette initiative peu commune, dès ta première lettre. Et finalement, à l'aube de tes 70 ans, tu t'es révélée être un peu joueuse, en tout bien tout honneur, avec un jeune homme qui a l'âge d'être ton fils.

 

"Par curiosité, tu étais tentée d'aller un peu plus loin, histoire de voir ce que...."

 

De plume en papier, tu t'es ouverte à lui comme tu ne l'as probablement jamais fait avec personne ; non sans une certaine pointe d'humour parfois. Et lui s'est aussi ouvert à toi, en te livrant des choses si intimes. Mais  j'avoue que certaines de tes réactions m'ont un peu déçue. J'ai trouvé certains de tes propos incisifs et abruptes. Mais, au travers de ce pan douloureux de ta vie que tu as osé soulever, je t'ai comprise, à un point que tu ne peux pas imaginer. La sincérité des propos et certaines vérités ne sont pas toujours faciles à lire. Surtout quand on a l'impression de voir le reflet d'une partie de son histoire.


Ce qui est paradoxal dans tout ça, c'est que tu as laissé ton fils Samuel rencontrer Nathan. Ce fils, qui contrairement aux autres, ne s'embarrasse pas de jugements, qu'une société formatée, par des âmes qui se croient bien pensantes, nous impose pour être en adéquation avec ce que les mœurs et la morale voudraient.


Peut-être avais-tu besoin d'un avis éclairé sans vouloir franchir le pas de la rencontre. Ce qui semblerait logique après que, au travers de ses mots, Nathan t'ai emmené en voyage. Ne nies pas que ce qu'il a fait t'a touchée et que, en même temps, des sentiments insoupçonnés t'ont effrayé. Saurais-tu appliquer, à votre histoire, ce que tu lui a dit un jour ? :

 

"Il suffit parfois de jeter un pont au-dessus du vide pour franchir un gouffre"


Et maintenant que tes 3 enfants sont au courant, je suis certaine que ta peur de les décevoir prendra le dessus et que pour une excuse fallacieuse, tu te refuseras un nouveau bonheur. Combien de couples ont vécu heureux sans avoir été parents ? Alors s'il te plaît, ne trouve pas de fausses excuses et cesse cet égoïsme dont tu fais preuve envers Nathan. Ne crois-tu pas, qu'en silence, il peut souffrir aussi intensément que toi tu es effrayée ? La longévité d'un amour sincère ne tient pas à une liste de conditions à remplir. L'amour se construit et se vit au jour le jour, sans se poser de question.


Alors ne te referme pas telle une coquille et ouvres-toi pleinement. On dit qu'on a qu'une seule vie mais lorsque le destin choisit de sa durée, ce n'est pas vrai. Si on ne veut pas devenir fous, d’autres vies nous attendent pour se sentir à nouveau vivants, tout simplement. Suis ton cœur et le reste suivra tel que c’est écrit dans ton destin. Envoie balader, avec cette franchise qui te va si bien, tous les conseils qui sont contraires à tes convictions. L’amour de tes enfants survivra au-delà de tes mots et de tes actes. Ton rôle actif de mère s’est arrêté le jour où leur vie de famille a commencé. Tu les as toujours soutenus, tu as toujours voulu leur bonheur et tu le fais encore. Alors à leur tour maintenant de te rendre la pareille et à ton tour de vivre aussi. Et de peut-être te reposer sur cette épaule qui t'est tendue.


La fin de votre histoire n'appartient qu'à toi, qu'à vous. Quel que soit ton choix et quelle qu’en soit l'issue, je ne serais pas celle qui te jugera. Casse autant d’assiettes qu’il te plaira - après tout, la vaisselle aussi ne survit pas aux modes - ; personne n’a le droit de juger ta manière d’extérioriser tes sentiments - pas même tes vieux amis Simon et Lisbeth avec les risques que cela comporte.

 

Nathan, accroche-toi comme tu l’as toujours fait ; ta détermination, même si elle est atypique à un si jeune âge, est romantiquement addictive à lire. Et, en amour, le romantisme ne meurt jamais ; tu en es l’illustration parfaite tant tu as laissé toute pudeur de côté. Je sais que, quelle que soit la décision de Rose, tu sauras la respecter.

 

Et peu importe si votre histoire venait à prendre des routes différentes, souvenez-vous que l'amour avec un grand A s'affranchit de toutes les barrières qu'il pourra croiser sur sa route !

 

Je vous souhaite une fin d’histoire à la hauteur de votre amour et vous embrasse tendrement.

 

Gaëlle



25/08/2019
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