Mille livres en tête

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Obsèques à la carte / Amelia PACIFICO

www.kizoa.plcollage_2020-09-17_16-33-19.jpgLorsque j'ai vu passer le roman d'Amelia PACIFICO, j'ai été surprise par le contraste entre la couverture colorée et le titre qui débute par le mot "Obsèques". Ça à suffit à titiller ma curiosité et bien que cette histoire soit écrite à la 3ème personne, je me suis lancée en répondant à l'appel à chroniques, de l'auteure. Merci Amelia pour ta confiance.

 

Alors là, on n'est pas du tout sur de la romance ou du feel good pur mais on n'est pas très loin de ce dernier style. Pour être honnête, je ne sais pas dans quel style littéraire le classer mais pour l’auteure il s’agit d’un « contemporain réaliste, aux accents feel good ». Ce dont je suis sûre, c'est que le choix de l'environnement sur lequel repose cette histoire est vraiment osé et un peu risqué, n'ayons pas peur de le dire ; le thème pouvant induire en erreur qui lirait le résumé sans chercher à voir au-delà.

 

« Depuis un an, Lila traîne une amertume née des funérailles de son papa, trop tôt parti et dans un grand chambard enterré. La cérémonie organisée par sa mère et les professionnels du métier aurait fait hurler le disparu si ses cordes vocales avaient encore fonctionné.

 

« Le choc de découvrir le corps inerte de la personne qui comptait le plus dans sa vie a été long à apaiser. La rancœur générée par l’organisation épouvantable des obsèques qui avaient suivi a, elle, encore du mal à être canalisée, à défaut d’être éradiquée »

 

Cette épreuve a tant pesé sur la jeune femme qu'au détour d'une conversation avec son psy, l'idée du siècle germe : pouvoir organiser de son vivant des funérailles sur-mesure afin d'ôter le souci des détails aux proches une fois son heure venue.

 

En proposant cet accompagnement original autour d'un sujet aussi tabou que la mort, Lila aurait dû se douter qu'elle croiserait des personnalités hautes en couleur qui lui donneraient du fil à retordre… et des émotions à vivre. C'est également au travers de ces moments forts qui font le sel d'une existence qu'elle trouvera enfin ce qu'elle a si longtemps cherché… »

 

Qu’est-ce qui attend Lila au bout d’un chemin parfois semé d’embûches ?

Saura-t-elle trouver l’apaisement dans sa vie bouleversée ?

 

Que ceux qui pensent d’entrée que la lecture d’« Obsèques à la carte » n’engendrera que tristesse et ennui, je ne vous dirais qu’une chose : oubliez vos idées pré-conçues et vos à priori. Et n’hésitez pas à entrer dans cette histoire atypique de par son sujet. Si on devait se baser sur un résumé, un titre ou une couverture pour découvrir des romans, on ne lirait pas grand-chose.

 

Amélia PACIFICO a eu l’ingénieuse idée – ou folle idée - d’associer ce sujet tabou qu’est la mort à une écriture légère et pleine de pep’s pour dédramatiser et alléger des situations douloureuses ; pour permettre à Lila d’essayer de trouver elle-même un apaisement qui lui fait défaut.

 

« C’est quoi, la mise en bière, maman ? C’est quand on boit quand quelqu’un meurt ? »

 

Parce qu’avant tout, Lila est une fille, une épouse et une mère qui doit composer avec une vie familiale pas toujours évidente et calme malgré le soutien infaillible de son époux. Parallèlement à ça, elle est courageuse d’aller au bout de ce projet qui lui tient à cœur parce que disons-le clairement, Lila aime les gens et ne veut que leur bien. Surtout dans cette étape si difficile qu’est la perte d’un proche qui peut faire s’écrouler un monde en quelques minutes à peine.

 

« Pour Lila, son activité s’apparente au service d’une wedding planner dans un domaine moins festif »

 

Et des gens, elle va en rencontrer beaucoup : les très bons qui vont marquer sa vie, les bons qui vont lui permettre de tirer certains enseignements et les mauvais qui ne méritent même pas qu’on s’attarde sur eux.

 

C’est là le gros point fort de ce roman : la qualité et la diversité des personnages qui vont croiser la route de Lila comme s’ils étaient une évidence dans l’histoire de sa vie professionnelle mais aussi personnelle. Chacun donne tout son sens à cette histoire et va laisser sa trace indélébile. Amelia les a vraiment travaillés de manière plus que complète.

 

En tête il y a bien sûr Aglaé, la rencontre qui va devenir indispensable à son quotidien, de par tout ce qu’elle va lui apporter et par le mystère qui l’entoure tout au long du roman. Même si c’est un très beau personnage qui amène des moments de douceur, de sourire, de rire et d’émotion, j’avoue que j’ai eu du mal à m’attacher à elle car je n’arrivais pas à la cerner tant il y a beaucoup de zones d’ombres autour d’elle. Comme s’il me manquait quelque chose sur lequel je n’arrive pas à mettre le doigt. Ca n’empêche en rien que j’ai aimé sa présence, ses réparties, ses sautes d’humeur et que j’ai su l’apprécier à sa juste valeur bien qu’un peu tardivement. Et sans elle cette histoire n’aurait eu aucun sens.

 

« Qu’est-ce que vous ne comprenez pas dans ce que vient de dire votre fille ? On tra-vaille, insiste l’ancienne en avançant la tête de manière agressive, pas le moment pour les visites de courtoisie, hé ! Elle a un business à faire tourner, « votre » Lila. Non, mais sérieusement, quel toupet ! »

 

Un autre personnage important est celui de Xavier CITRON qui a aussi sa belle part de mystère mais qui au fil de l’histoire soulève des sujets bien réels sur une notion de vie qui peut prêter à polémique, peut faire lever les yeux au ciel. Je ne vous dirais rien sur ce sujet car ce serait spoiler et sincèrement, je n’ai même pas d’avis sur la situation dans laquelle il se trouve.

 

Et puis il y a tous les autres, Anna, sa fidèle amie, Margaux, sa mère avec qui les relations sont plus que compliquées, Alex JACOB, son psy et Anthony, son mari ; pour ne citer qu’eux. Car ce livre est une succession de rencontres qui auront toutes une incidence directe ou indirecte sur la vie de Lila.

 

« Tu m’as pompée comme un vampire sans jamais un regard en arrière. Et tu vois, là, c’est moi qui ai besoin d’être protégée, maman ! Et pas par toi ! »

 

Ce que j’ai apprécié, au-delà de l’histoire, c’est le travail approfondi qu’à fait l’auteure pour développer un sujet de manière tellement dense en évoquant des pistes qui permettent de voir le sujet du deuil et des obsèques d’une autre manière. Elle propose des alternatives intéressantes à ce qu’on connaît tous et j’ai trouvé ça très enrichissant.

 

« Amocher le tabou de la mort dans l’esprit des gens et créer autour de cette incontournable étape de vie une atmosphère, si ce n’est joviale, a minima apaisée »

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J’avais une petite appréhension sur ce que j’allais trouver dans ce roman puisque j’ai un rapport au deuil assez délicat, le temps n’ayant pas tout à fait son œuvre. Alors oui, certaines scènes, certains textes m’ont parlé plus qu’ils ne l’auraient dû mais je n’ai pas pleuré. Car effectivement, c’est une histoire qui soulève certaines vérités et certaines émotions mais qui n’est pas larmoyante. Elle n’est pas tombée dans le côté négatif et triste du sujet et heureusement !

 

« On m’a volé mes derniers jours avec lui. Tous. De son vivant comme lorsqu’il était mort. Plus de trois mois sans pouvoir me coller contre lui, dans notre lit. Et d’un coup, plus personne »

 

Et ce qu’il me tient à cœur de parler, c’est l’écriture d’Amelia ; quelle écriture ! Je ne sais pas si c’est parce que le style littéraire est différent de ce que je lis habituellement – et qu’il existe peut-être des codes d’écriture différents - mais je suis tombée sous le charme de l’aisance que j’ai eu à lire une histoire à la 3ème personne – vous connaissez mon point de vue à ce sujet – et de l’enchaînement parfait de tous ses mots qui forment des phrases pour aboutir à cette belle histoire qu’est « Obsèques à la carte ». Je pourrais presque me dire « mais c’est drôlement simple d’écrire des histoires, allez go je m’y mets ».

 

Bon, parlons de choses qui peuvent fâcher mais c’est purement personnel : je n’ai pas accroché aux marques de démonstrations entre Lila et son mari. Attention : je ne remets pas en cause le lien qui les unit ! C’est juste que je n’adhère pas du tout aux « Mon chéri, ma chérie » et autres. Ca ce n’est pas nouveau ; je n’ai jamais supporté ça même, et surtout, dans ma vie personnelle. Je ne me referais donc pas là-dessus. Bref, c’est purement personnel donc qu’on ne m’incendie pas pour ça car ça ne change rien à la très belle qualité de ce roman.

 

Sincèrement, je suis agréablement surprise par cette histoire qui est très étoffée, humainement très riche et qui pourrait faire évoluer les mentalités vers quelque chose de moins formaté, de moins ancré dans les us et coutumes en matière de deuil. C’est clair que lorsqu’on voit le rapport au deuil qu’ont certains pays par rapport à la France qui est attachée à certains rituels, ce roman fait réfléchir sur d’autre possibilités qui s’offrent à nous pour voir le deuil comme le commencement d’autre chose tout aussi beau même lorsque l’autre n’est plus, rien qu’en étant apaisé d’avoir respecté ses dernières volontés.

 

« Obsèques à la carte » est vraiment un roman à découvrir pour tout ce qu’il apporte de réflexion, de sentiments divers et variés et pour la qualité de l’écriture de son auteure qui signe là un très beau premier essai littéraire dans ce genre. Je ne peux pas vous dire mieux que pour savoir ce qu’il vous apportera, à vous, c’est de l’ouvrir et de vous y plonger.


17/09/2020
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Orion - T.1 & T.2 / Battista TARANTINI

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Même si je ne suis pas une lectrice qui se jette, de manière systématique, sur le livre d'un auteur, dès sa sortie, il n'empêche que certaines auteures ont leur place dans ma bibliothèque. Et Battista TARANTINI en fait partie. Les couvertures de ses romans sont toujours magnifiques ! Hormis un livre sur lequel je n'avais pas accroché, je ne le lui ai pas caché, je pense tous les avoir. A chaque sortie, elle embarque ses lectrices dans un univers différent. M'a-t-elle convaincue cette fois ? Clin d'œil


C'est dans le monde de la danse classique qu'elle nous invite pour un pas de danse en compagnie de Leonie KATS - dite Leo -, première ballerine de 23 ans à l'opéra de Sidney. Lorsqu'elle va être choisie par Orion ALTAY, célèbre chorégraphe français de 32 ans, enfant terrible de la danse et ancienne Etoile à l'opéra de Paris, tout ce pour quoi elle a tant travaillé va être remis en question.


Poussée dans des retranchements émouvants, ses certitudes vont être mises à mal et ce ne sera que le début d'un apprentissage qui verra naître une nouvelle étoile qui pourrait bien s'ouvrir enfin à la vie, à une vie qu'elle mérite mais pas forcément enviable.

 

« Ils croient voir Orion emprisonner Leo dans son royaume. Ils n’imaginent pas que Perséphone mène Hadès vers la lumière »


La danse classique pourrait bien se révéler pas si classique que ça au final. Et le comportement, assez peu conventionnel, de son professeur cachant, sous le prétexte d'un nouveau spectacle, des desseins qui ne laissent pas présager un happy end. Alors New Romance romantique, dramatique ou tragique ?

 

Que deviennent les étoiles lorsqu’elles ont cessé de briller?

Ces héros torturés auront-ils une chance de sortir des profondes ténèbres dans lesquelles ils s’immergent doucement ?


C'est sous forme de deux ballets en III actes chacun, que l'auteure fait évoluer, dans ces 2 tomes, ses personnages entre douleurs, sensualité et émotions. Même les entractes y sont prévus ; schéma intéressant comme pour permettre une pause.


Etant totalement novice dans cet univers, j'avoue qu'il m'a fallu un temps d'adaptation à l'ambiance et au langage artistique. Mais il a été assez court. Au-delà de l'aspect technique, c'est par l'atmosphère énigmatique que je me suis laissée portée par le 1er tome. Et comme un enchaînement parfait, je me suis surprise à parvenir à visualiser le spectacle qui se déroulait sous les mots de Battista.

 
Leo y est certainement pour beaucoup. La passion qu'elle a, depuis son plus jeune âge,www.kizoa.plcollage_2020-05-22_00-12-15.jpg l'a hissé au plus haut niveau. Elle est brillante et persévérante au point d'en oublier le reste. Pour elle, la douleur n'est pas une option pour être la meilleure. Et les artifices pour l'oublier ne sont pas anodins. Elle a encore beaucoup à prouver et rien ne peut l'arrêter.

 

« Etre parfait donne parfois l’illusion qu’on est heureux. Etre parfait ne sous-entend pas être vide »


Contrairement à elle, Orion a pleinement vécu une brillante carrière qui s'est achevée quelques années plus tôt. Même si sa vision de cet art est décriée, il a parcouru le monde pour mettre son talent à la disposition de nombreuses troupes. Ecorché vif, reconnu comme un des plus grands, il peut se permettre ce qui s'apparente à de l'excentricité, de l'égoïsme ou des caprices d'une star qui aimerait terminer en beauté. Mais quelque chose de plus profond pourrait bien se cacher derrière ce comportement atypique.

 

« Je finirai par obéir parce que je n’aime pas la voir triste comme ça. Il n’y a que quand je danse qu’elle sourit un peu. Alors je danse »

 
Après un 1er tome assez sédentaire, c’est un véritable voyage initiatique artistique, d'un genre vraiment très particulier, qui emmène Leo et Orion, dans le 2nd tome, de Sydney à Tokyo, puis New-York, Paris et Barcelone.


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J'avoue que si l'ambiance un peu étrange de leur univers ne m'a pas dérangée dans le 1er tome, j'ai eu plus de mal pour la première moitié du 2ème. Après réflexion, ce n'est pas le caractère et le comportement déroutant d'Orion qui m'ont perturbé mais réellement le personnage du Maître japonais Hiro Neruji et de son univers. Comme une gêne et une impression de climat malsain s'est emparé de moi. Et le ressenti du 1er tome s'est malheureusement envolé. Neruji est vraiment un personnage important dans la vie d'Orion, qui respecte ses choix. Mais chacune de ses interventions ou de scènes dans son univers m'ont été difficiles à lire. Pourquoi ? Je suis incapable de l'expliquer de manière plus approfondie.

 

« Neruji a le don de voir en nous ce qui est sombre, ce qui nous fait souffrir. Ca le fascine, il va le chercher avec ceux qui le lui demandent et il en nourrit son œuvre »

 

Je pense aussi que je suis passée à côté de l'art de vivre à la japonaise et à côté de cet art qu'est le butõ, des jeux de cordes que je ne suis pas arrivée à visualiser autrement que comme une tristesse et une torture artistique plutôt que comme quelque chose de sensuel et beau à regarder.


Associé à l'histoire mythologique d'Hadès et Perséphone, dieu et déesse des enfers, le destin d'Orion et Leo se joue de manière aussi sombre que les ténèbres des enfers. Dans cette histoire, il y a plus de noirceur et de larmes que de rires. Et tels que les nombreux protagonistes, on est impuissant face à une fin où le paradis semble avoir définitivement perdu toute chance de trouver sa place.

 

« Je suis celle que je devais devenir dans ses bras »


C'est un sacré exercice d'écriture qu'a réalisé là, Battista avec une plume dewww.kizoa.plcollage_2020-05-22_00-31-47.jpg haute qualité. Cette histoire regorge de pas mal de références artistiques et culturelles. Elle soulève des sujets bien réels tels que la maladie et le handicap ; et la manière de les appréhender et de les supporter dans des limites propres à chacun. Elle dépeint un monde exigeant et impitoyable, où tous les coups sont permis pour briller et où l'état d'esprit serait "Souffre et tais-toi". Elle interpelle sur certains choix qu'on peut ne pas comprendre ou ne pas cautionner.  Elle ne peut faire autrement que nous faire réagir ; peu importe que ce soit négatif ou positif. Le résultat est là.



Cette histoire restera, sans aucun doute, celle où j'ai eu le plus de mal à cerner et comprendre les personnages. L'amour dans la douleur est un concept qui m'interpelle. Totalement à l'opposé de toute notion de romantisme.


Il n'en reste pas moins que c'est une lecture intéressante de par la trame qui est parfaitement menée par l'auteure. Et même si les personnages sont torturés au possible et prisonniers d'une histoire qui m'a déconcertée, Orion trouvera sans aucun doute le lectorat adepte de ce genre littéraire et qui saura certainement lui rendre hommage mieux que moi. 


22/05/2020
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Où que tu sois - T.2 : Je t'attendrai / Danielle GUISIANO

Attention : risque de spoiler si vous n'avez pas lu le tome 1 !

 

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Je ne suis pas d’une nature trop impatiente mais j’avais quand même prévu le 2nd tome de « Où que tu sois ». Car mon instinct – le résumé aussi un peu - me murmurait qu’il serait différent du 1er. Celui-ci, qui a été un beau coup de , je l’avais plus vécu comme un long prologue qui prépare et pose les bases pour l’histoire de « Où que tu sois – Je t’attendrai ». Effectivement, il ne finissait pas forcément comme on le souhaitait mais bon, on ne refera pas l’histoire.

 

C’est deux ans après la fin du 1er tome qu’on retrouve les personnages et l’ambiance de cette histoire. Même lieu mais alors autant dire, que de l’eau a coulé sous les ponts et ce n’est pas dans une eau vraiment limpide qu’on va évoluer tout au long de ces 375 pages. Effectivement, il est plus long que le précédent et celui-là contient aussi beaucoup.

 

Je ne vais pas vous raconter ce qu’il se passe ; juste l’évolution des personnages. Mais avec cette suite, Danielle GUISIANO prend, à mon sens, une direction un peu différente. Alors on n’adhère ou pas, peu importe. On la déteste, par moment ? C’est tout à fait possible.

 

Souvenez-vous : Angel/Sevan était un bad boy torturé par ses addictions et ses fantômes du passé. Et Zoé était la jeune fille innocente, prête à lui tendre la main sans rien attendre en retour malgré ses propres failles. La fée qui, par la lumière émanant de son simple contact, pouvait l’accompagner vers la rédemption. Mais comme ils ne se sont pas quittés dans les meilleurs conditions, ça donne un 2nd tome sous haute tension (pour eux, pour nous et pour l’auteure qui risque de déchaîner la colère de ses lectrices !)

 

L'histoire de « Où que tu sois – Je t’attendrai » est, dans sa globalité, très prenante voire addictive. Personnellement, j’ai mis vraiment peu de temps pour le lire tellement j’étais prise dedans. Dans l’opus précédent, il était beaucoup question de l’histoire de reconstruction physique mais aussi émotionnelle. Là, c’est toute l’histoire, leur histoire, qui est à reconstruire. Et c’est un chantier titanesque. Quand on connait les dessous de l'histoire, on ne s'attend pas à ce que les événements s'enchaînent facilement et que tout soit rose. Bienvenue dans une réalité qui, je l’espère, n’existe que dans l’imagination de l’auteure.

 

Jusqu’à quel point Sevan se battra-t-il pour que se concrétise cette histoire en laquelle il croit toujours ?

Zoé saura-t-elle accorder un pardon qui semble difficile et qui pourrait mettre son équilibre en danger ?

 

Deux ans, c’est long mais ça passe très vite aussi. On dit souvent que le temps peut apaiser les rancœurs mais ça ne fonctionne pas à chaque fois. Et c’est malheureusement en Zoé que la rancœur est toujours aussi vive ; elle a appris à vivre avec. Son statut a fortement évolué, ses responsabilités sont devenues sa priorité et une épaisse carapace s’est créée autour de son âme et de son cœur. Interdisant ainsi l’accès à quiconque la blesserait à nouveau. Et ça peut se comprendre ; si, si, je vous l’assure.

 

Lorsque Sévan revient, ce n’est pas forcément dans les meilleures dispositions. Son casier judiciaire n’est plus vierge, il a traversé des mois, qu’on imagine difficiles et ni lui, ni nous ne savons ce qui l’attend. Il attend peut-être beaucoup de Zoé, beaucoup trop ; à se demander s’il ne minimise pas les évènements passés.

 

« Je n’ai tenu que grâce à son image. C’est un lien fragile, que je ne devrais altérer pour rien au monde, et pourtant, je n’ai qu’une seule obsession : la revoir »

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Dans ce tome, j'ai particulièrement aimé voir l'évolution des personnages depuis le précédent et constater que les rôles peuvent s'inverser. Comment d'un bad boy, on peut passer au gendre quasi idéal et comment d'une jeune femme altruiste, ouverte aux autres, on peut s'endurcir et se renfermer sous des prétextes qui peuvent agacer fortement.

 

Sévan va se montrer sous un nouveau jour : l’expérience vécue l’a fortement fait évoluer. Dans ce tome, il tire parfaitement son épingle des bottes de foins en enlevant définitivement son masque de voyou et de salop. Il est plus responsable, il est prêt à tout mais quand il n’a d’autre choix que de s’effacer ou de lâcher l’affaire, peut-être par maladresse bien involontaire ou par une jalousie rivale, un seul de ses travers peut avoir la dent dure : son rapport avec l’alcool qui reste son meilleur ami au moindre coup dur, à la moindre contrariété, surtout lorsqu’il s’agit de Zoé. J’avoue que ces passages sont poignants et renforcent mon idée première : la tendresse que j’ai envers lui. Mais également durant les scènes avec un petit personnage haut comme 3 pommes ♥ Il va savoir se montrer persévérant mais quand ça ne veut pas, eh ben ça ne veut pas. Pour peu que les doutes s’en mêlent, c’est un peu comme le chien qui se mord la queue : il rame.

 

« Zoé n’a pas besoin que tu viennes chambouler sa vie. Elle s’est occupée de toi alors qu’elle ne te devait rien, maintenant fiche-lui la paix. Elle n’a pas besoin qu’un boulet comme toi s’accroche à ses basques. Pauvre con ! »

 

Car la gentille Zoé a bien changé. C’est un peu là où le bât blesse ; elle devient un peu la bête noire de l’histoire dans le côté romance. J’ai envie de demander à l’auteure : « Mais pourquoi ? ». Pourquoi en une si jeune femme, qui avait tant de bonté en elle pour vouloir sauver un inconnu, avoir mis autant de dureté, tant d’hésitation et tant de revirements dans ses choix. Habituellement, on est plus sur un homme qui souffle le chaud et le froid, mais là c’est le personnage féminin qui hérite du mauvais rôle. Soyons honnête, c’est essentiellement au contact de Sévan.

 

Tout au long de la lecture, on a les réponses telles que l’auteure les a construites dans son imagination d’écrivain mais c’est un peu perturbant alors que les choses pourraient être autrement, ou au moins quelques angles adoucis. Pas moins faciles mais autres. Le côté redondant de la chose peut entraîner une lassitude ; alors, préparez-vous ! Zoé n’est pas facile. Autant d’indécision, de mauvaise volonté et de mauvaise foi parfois, ça envoie du lourd. Ou bien, on peut tout effacer et on recommence. S’il vous plaît Danielle ?

 

« Même si je brûlais de tout savoir, j’ai refusé d’écouter la moindre explication : ça m’aurait démolie. Je ne suis pas prête et je ne sais pas si je le serai un jour »

 

Finalement, ce qui peut être un point négatif peut se transformer en point positif. Tactique rondement menée qui fait réagir et naître des sentiments forts : si on pouvait entrer dans le livre pour remettre les pendules à l’heure et inculquer un peu de bon sens à ce petit monde, ce serait un vrai bonheur.

 

L’auteure a maintenu la présence de certains personnages indésirables (je ne citerais pas les noms mais Ô rage, Ô désespoir pour moi !) et elle a enrichi son histoire de certains autres – Douglas & Mia notamment - qui redorent un peu l’image de Zoé. Et qui ont beaucoup plus leur place par ce qu’ils apportent, dans ce roman, que les autres ne l’avait dans le précédent tome (un peu tout de même, ne soyons pas de mauvaise foi). Je n’avais pas une grande tendresse pour eux donc simple avis personnel ! Et certains, qui n’avaient pas un rôle plus important que ça, se voient attribuer un très beau rôle secondaire pour un évènement que je n’ai même pas vu venir. Comme quoi, tout change et évolue dans cette histoire !

 

Je vais peut-être me faire huer mais je persiste et signe sur ce coup de qui se confirme. Mes critères d'attribution pour les coups de coeur, sont : la base de l’histoire tel que le synopsis nous la décrit, l’écriture, la cohérence de la trame narrative, la romance qui doit me procurer plein d’émotions, les personnages et leurs traits de caractères et tous les petits plus qui cimentent le tout pour que je ne m’ennuie pas. Mais je ne me verrais jamais refuser un coup de cœur juste à cause d’un personnage que je sais, blessé, qui ressasse sans cesse le passé comme un refus à vouloir avancer et devant faire des choix pour sécuriser son avenir émotionnel. Qui, donc, hésite longuement par choix de l’auteure qui a sûrement voulu faire passer un message qui ne sera pas perçu, de la même façon, par tout le monde. Même en littérature, la perfection n’existe pas. Et heureusement !

 

« J’ai eu le temps de cogiter. Je n’admets toujours pas qu’il soit parti sans rien me dire, me privant de mon libre arbitre. Cependant, une petite voix dans ma tête me dit que sa fuite n’était peut-être pas aussi égoïste que je l’imagine. Voilà que j’enrage encore ! »

 

Dans la vie, personne n’est parfait. On ne prend pas toujours les bonnes décisions, on ne fait pas toujours preuve de courage, on hésite plus ou moins longtemps pensant que la nuit nous portera conseil. Mais dans le cas de Sevan et Zoe, les nuits passent, les évènements s’enchaînent et entre deux étreintes passionnées auxquelles aucune chance n’est donnée, la peur stagne pour l’un et le manque de mots, suffisants, persiste pour l’autre. Il n’y a pas de manuel pour régler ce genre de problème. Ils sont jeunes ; on a tous été jeunes. Et même en vieillissant, selon les situations et selon notre force de caractère,  on ne peut pas se targuer de toujours agir comme il se doit ou d’avoir les bons mots au bon moment. Mais pour peu qu’un évènement déterminant ne nous laisse pas le temps de réfléchir, les actes se font d’eux-mêmes et débloquent le tout, comme par magie. On a tous droit à l’erreur, on a tous le droit d’être imparfaits.

 

Ce livre est parfaitement parfait dans toutes ses imperfections ; en tout cas pour moi ! A vous de vous faire votre propre avis :-)


11/04/2020
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Où que tu sois - T.1 : Je t'entendrai / Danielle GUISIANO

www.kizoa.plcollage_2020-04-10_15-00-18.jpgJ'ai découvert les romans de Danielle GUISIANO à l’occasion du FNR 2019 à Lille. Honte à moi qui n’avait jamais entendu parler d’elle. J'ai craqué sur ces couvertures, assez peu communes, originales tout en restant dans la simplicité. Remarque purement personnelle : un relief un peu soutenu aurait apporté plus de charme encore. Je dis ça mais bon.....  Et j'ai rencontré l'auteure (adorable de simplicité, soit dit en passant !).

 

Ayant perdu le goût de la lecture pendant un certain temps, j'ai repris il y 3 semaines. Et je me suis fixée comme défi de ne plus acheter de livres tant que ma P.A.L n'aurait pas diminué. Autant dire que les livres Hugo Roman y sont largement représentés donc il y aura certainement pas mal de chroniques pour cette maison d'édition :-D Et puis, je suis sûre que j'ai plein de pépites qui m'y attendent.


Et s'il y en a bien une de pépite, c'est cette histoire. Très beau coup de cœur lu en 1 journée ½  (les 2 tomes bien sûr !). Deux petits formats poche (235 pages pour le 1er / 376 pages pour le 2nd) mais qui renferment tant.


Et pourtant, c'est de manière douloureuse, dans le sud de la France, qu'a lieu la rencontre avec Zoé, jeune femme à l’aube de ses 18 ans, qui assiste à un terrible accident de la route entre une moto et un camion. Ce drame de la route fait écho en Zoé, qui a perdu un proche dans des circonstances un peu similaires. Sauf que personne ne peut identifier le jeune motard ; aucun papiers sur lui et il a sombré dans le coma. Et Zoé ne peut concevoir que qui que ce soit puisse rester seul dans un hôpital, dans un état grave, sans soutien à ses côtés. Pour elle, l'inconnu s'appellera Angel et chaque jour, jusqu'à ce que ses proches se manifestent, elle se promet d'être là, pour tenter de le sortir de son état, en lui parlant, encore et toujours.

 

« Si vous côtoyez les anges, je peux vous appeler « Angel ». Je sais, ça n’est pas très original, mais je préfère ça à Auguste ou Raymond…. »


Est-ce seulement l'altruisme qui motive Zoé à tendre la main à un inconnu ?

Qu’adviendra-t-il lorsqu’elle pourra enfin voir ses yeux ?


La première partie de l'histoire (1/3 environ, ce qui est peu) commence assez lentement ; le contexte étant ce qu'il est, c'est assez normal ; il faut poser l’histoire. On se retrouve comme dans un huis-clos froid et aseptisé, où les journées d'Angel sont rythmées par les visites de Zoé, entre autres. Ce qui aurait pu être d'une monotonie pesante s'il n'y avait pas eu cette narration à deux voix. Eh oui ! Angel est dans le coma mais il s'exprime aussi et il ressent des choses.


J'ai trouvé ses interventions bien amenées et bien écrites. Il n'est pas qu'un accidenté de la route, inconscient. C'est un vrai personnage depuis le début. Et quand il s'exprime, ça dédramatise un peu sa situation physique, ça permet d'apprendre à le connaître et à savoir comment il en est arrivé à cet accident. Autant dire que c'est un bad boy dans toute sa splendeur qui, même dans son coma, ne cesse de râler. Cet aspect léger m’a vraiment bien plu, contrebalançant avec la sombre opinion qu’il a de lui-même et qui apporte un sentiment vraiment fort envers son personnage.

 

« Elle l’a pêché où ce prénom ? Elle est conne ou quoi ? Pas un ange, non ! Si on devait me qualifier par un surnom, je serais sans doute le diable »

 

« Sincèrement, elle n’a pas quelqu’un d’autre à aller emmerder ? Pourquoi elle s’obstine à venir me voir ? Ça me tape sur les nerfs ! Mais qui m’a fichu une gourde pareille ? »


En face de lui, Zoé, cette inconnue qui le saoule de paroles, est déterminée à mener à bien sa mission. Elle a une vie basique avec peu de monde autour d'elle. Durant leurs moments "d'échanges", elle se confie à coeur ouvert et nous permet donc de mieux la connaître. Mais ce qu’elle n’a pas prévu c’est que si un lien invisible venait à se créer avec Angel, l'abandonner à sa famille pourrait se révéler difficile. A moins que la mort les sépare !

 

« C’est à toi de faire un effort. Tu dois revenir à la conscience. Ici des gens t’aiment et t’attendent. Tu es bien trop jeune pour renoncer. Une vie entière s’ouvre à toi, si seulement tu le veux »


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Ne dit-on pas qu'une personne dans le coma peut, peut-être, nous entendre ? La vie peut apporter son lot de miracles et sur une simple rencontre que le hasard a soigneusement organisé, la remise en question de deux vies peut se jouer. Et la vie va se jouer d'eux, en les mettant à l'épreuve. Lui, dans son inconscient, aimerait rencontrer cette lumière qui déboule sur sa vie et elle, aimerait juste connaître la couleur de ses yeux. Mais la bulle dans laquelle leur histoire est née et grandit pourrait bien éclater.

 

« Une nouvelle vague de tiédeur m’envahit en même temps qu’une espèce d’euphorie. Créer un lien avec toi est théoriquement impossible. Cela n’arrive pas dans la vraie vie ! Pourtant c’est bien réel »


Ce premier tome, après un démarrage en demi-teinte justifié, apporte son lot de malentendus, de révélations surprenantes, de sentiments d’abandon, de tergiversions débouchant sur souffrance et espoirs et des prises de conscience poignantes. Même s’il y a quelques périodes de séparation, qui pourraient être un point négatif, les éléments s’enchaînent parfaitement sur un rythme qui, finalement, ne se relâche pas jusqu’aux mots « A suivre ». Le climat n’est pas pesant malgré un début qui peut laisser à penser que le sujet tourne autour de l’état d’Angel, sa rééducation et tout ce qui est en rapport avec le milieu hospitalier. N’oublions pas que ce roman est classé en New Romance pas dans la catégorie « manuel de médecine ».

 

Ce que j'ai aimé, dans ce tome, c'est l'impact que sa rencontre avec Zoé va avoir sur Angel, la force qu’elle va lui insuffler malgré sa propre vie chaotique à gérer. Il se décrit lui-même comme peu fréquentable, à la vie faite d'addictions et de dépassement de certaines lignes. Il brûle un peu la chandelle par les deux bouts. Cet accident pourrait être un mal pour un bien, au-delà des souffrances. Une sorte de rédemption qui lui est offerte.

 

Cette histoire ne s’encombre pas de trop de personnages, ce que j’apprécie mais elle est bien chargée en émotions. Danielle GUISIANO dépeint de manière touchante, le combat intérieur de deux êtres unis par un lien, à la douce chaleur, au bout duquel pourrait bien se trouver un espoir accessible. Une évidence pour l'un comme pour l'autre mais chacun doit composer avec les côtés sombres de sa vie,  les blessures de son âme et pas mal de questions qui ne demandent qu’à trouver des réponses.  Elle ne laisse pas beaucoup de répit à ses personnages – surtout Zoé - et les malmène jusqu’au bout de cette histoire qui fait passer un très beau message : un(e) inconnu(e) peut, par sa simple présence et sa main tendue, changer le cours d'un destin jusqu'à se remettre en question.

 

« Zoé. Ma petite fée ! S’il y a bien une personne qui peut me donner confiance en l’avenir, c’est elle. Je fais le serment de changer : pour elle, pour moi aussi, si je finis par parvenir à me pardonner un peu »

 

Alors bien sûr, on aime ou on n’aime pas ; tous les goûts sont dans la lecture. Personnellement, je n’ai pas ressenti d’émotions négatives mais une grande tendresse. Peut-être grâce à la finesse de l’écriture qui pose les choses et les sentiments tels qu’ils sont dans la vraie vie. Alors  je ne sais pas si mes mots rendront hommage à ce début de duologie très prometteur. Mais c’est un très joli coup de cœur pour la globalité de l’écrit ; d’autant plus que la fin laisse sur une bonne dose de frustration, comme il se doit, pour enchaîner sur ce 2nd tome dont je vous parle dans la foulée. Heureusement, j’avais tout prévu et j’ai pu enchaîner de suite. Il fallait que je sache si ce premier ressenti allait se confirmer. A suivre…..

 

« Je ne pourrais pas me le pardonner : rater son premier regard. Notre premier regard, notre première fois. Je sais désormais que je ferai mon possible pour que cela se réalise. Elle sera près de moi : je lui dois bien ça !

 


10/04/2020
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