Mille livres en tête

Mille livres en tête

Inhumain / Ecrivain Anonyme

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Lorsque « Inhumain » est paru en auto-édition à l’automne 2020, ça faisait un petit bout de temps déjà que je suivais son auteure « Ecrivain Anonyme » sur Instagram. Avec un tel pseudo et un tel titre de livre, ça attise la curiosité. Et lorsque les critiques sont élogieuses, la curiosité est remplacée par la tentation. J’ai donc tenté ma chance pour découvrir ce titre en Service Presse en postulant à l’appel à candidatures de l’auteure. Pour mon plus grand bonheur, j’ai été retenue et me voilà vous parlant, à présent, de cette histoire assez peu commune dont je ne vous dévoilerais pas le contenu ; si ce n’est le résumé qui a été publié à sa sortie.

 

La douceur ne fait pas partie du vocabulaire de Rose, à l'image d'un flocon rebelle qui continue sa route sans se préoccuper de ce qui l'entoure. C'est alors qu'elle fait une rencontre singulière. En effet, cette autre âme s'est perdue dans la forêt qui borde sa propriété, et elle ne fait pas que la détester, elle hait également toute l'espèce humaine. Cette âme sauvage a perdu la foi en l'humanité et, pourtant, elle risquerait de la surprendre en lui apportant une tout autre définition.

 

Ce livre et l’histoire qu’il renferme sont assez atypiques en matière de lecture. J’avoue que le résumé est assez énigmatique et c’est justement ce qui attire instantanément. L’inconnu attire la curiosité autant qu’il effraie et pour le coup, c’est une plongée dans l’inconnu que j’ai fait. Et bizarrement, sans appréhension alors que je me doutais que ce ne serait pas une histoire toute gentillette du style New Romance classique.

 

D’entrée, je me suis immergée dans cet univers un peu sombre, qui prend très rapidement au cœur et au ventre. Le contexte, le climat et les personnages font que je n’ai pas pu rester insensible.

 

Dans ce roman, ce sont deux âmes abîmées que l’on côtoie pendant près de 260 pages intenses et prenantes. Sur un fond de quasi huis-clos (car il y a peu de personnages), l’auteure a su développer leur histoire de manière à ce que l’attachement à ces deux êtres aille crescendo. Et pourtant, de premier abord, certaines lectrices pourraient ressentir une certaine gêne, un certain malaise face aux sujets qui sont abordés, au vécu des personnages et qui peuvent faire passer par une multitude de sentiments. Ça n’a pas été le cas, pour ma part, car je ne suis pas une lectrice qui monte « dans les tours » dès qu’une histoire sort de l’ordinaire et pourrait être dérangeante. Je suis une lectrice qui sait apprécier tout type d'histoire et surtout qui respecte le travail incroyable que chaque auteur(e) prend le temps de mettre dans un écrit.

 

C’est Rose, une jeune femme de 20 ans, que l’on rencontre en premier et qui vit dans la belle demeure familiale perdue dans la nature, qui a été désertée depuis longtemps par la notion d’amour parental. En conflit avec un père, qui veut lui imposer un avenir à son image, mais qu’elle déteste et rejette, et ne pouvant compter sur une mère éternelle déserteuse en matière de soutien, Rose compense l’absence de ses parents par la prise addictive d’artifices dangereux  et c’est en cherchant un nouvel endroit pour acheter ses doses qu’elle entre dans la forêt qui borde le terrain de la maison. Et dès lors, sa vie va s’en trouver bouleversée. Mise face à ses failles, ses faiblesses, ses troubles et dépendances, elle n’aura d’autres moyens que de compter sur elle-même, sur son meilleur ami Matt et sur cette rencontre inattendue mais tellement vraie.

 

« J’aimerais me sentir aussi légère qu’une plume, voler de mes propres ailes et découvrir qui je suis, ce que je veux vraiment faire. Pour moi. Seulement pour moi »

 

Cette rencontre inattendue et à l’origine de ce bouleversement, c’est Oliver. Mi-homme – mi-sauvage, c’est le style de personnage qui va à contre-courant de ce qu’on peut rencontrer habituellement. Jeune homme éloigné de l’humanité qui l’a rejeté, il vit seul dans des conditions plus que modestes, au cœur de la forêt. La première impression, lorsqu’on le découvre, n’est certainement pas la meilleure et c’est tout à fait légitime. Il n’a côtoyé personne depuis longtemps, il ne connait pas le confort moderne, il a été blessé émotionnellement et il est donc sur ses gardes en permanence quant à la sincérité de l’être humain et en l’occurrence, ici, de Rose. C’est dingue, car je me suis attachée à lui tout de suite. Il est impossible de ne pas ressentir de l’empathie envers lui, envers son histoire, envers les souffrances qu’il a endurées et envers la solitude qui s’impose à lui par instinct de survie et de préservation. Au fil des chapitres, il est évident que sa rencontre avec Rose résonne comme une chance de découvrir la sincérité de sentiments inconnus, de rompre avec la marginalité de laquelle il est prisonnier, de sourire enfin comme il n’en a pas eu souvent l’occasion et de vivre comme n’importe quel jeune homme de son âge le mérite.

 

« Je suis moi, un rien du tout, laissé à l’abandon quand on en a eu trop marre de lui. Je suis sauvage »

 

Au travers de ses personnages, l’auteure s’est essayée avec brio à traiter des sujets douloureux comme la maltraitance physique ou émotionnelle, la dépression, la tentative de retour à une vie normale après avoir connu la marginalité dans ses points les plus extrêmes, l’addiction à des substances illicites et dangereuses, etc… tout en ne dépassant jamais la ligne de l’insupportable. Personnellement, je ne dirais pas qu’on se trouve dans une Dark story car tout est subtilement suggéré sans tomber dans une noirceur trop sombre. Je serais même tentée de dire qu’il s’en dégage comme une certaine poésie qui apaise et fait que la lecture se déroule sereinement, n’empêchant pas un maelstrom de sentiments, tout le long. En fait, c’est une histoire qui véhicule de nombreux messages où espoir et renouveau sont la finalité que l’on espère plus que tout.

 

Même si le début est surprenant et un peu déstabilisant, on comprend assez vite que dans cette histoire, il n’y a pas qu’un seul personnage qui a vécu des choses terribles mais bien  deux. Leurs histoires sont poignantes à des degrés différents mais elles nous font réagir avec la même force et intensité émotionnelles. Je ne suis pas arrivée à aimer l’un plus que l’autre et à aucun moment je ne les ai détestés ; pourtant, les occasions ne manquaient sûrement pas. Je n’avais qu’une envie, c’était me téléporter dans cette histoire pour la vivre vraiment en son cœur. C’est assez bizarre comme sentiment ; assez rare pour mériter d’être souligné.

 

« La nature n’est pas comme l’Homme. Lui, il n’est indulgent avec personne. Il ne vous épargne pas, au contraire, il vous torture. Il est sans cesse dans la demande, la possession, la concurrence et la perversion »

 

L’auteure est arrivée à nous faire ressentir la puissance de la relation qui unit Rose et Oliver et cette attirance qui les poussent l’un vers l’autre comme une force inconnue. Rien n’est précipité et c’est ce qui fait la beauté de cette relation naissante puis grandissante.

 

Une chose que j’ai particulièrement adoré, ce sont les citations qui précèdent chaque chapitre. J’adore les citations, c’est connu ! Pas un chapitre n’a pas eu droit à la sienne. Et quelle beauté dans ces mots, à chaque fois ! J’ai vibré plusieurs fois à la lecture de certains, la chair de poule s’est emparée de moi en en découvrant d’autres et pas un seul ne m’a laissé indifférente.

 

Je suis agréablement surprise du déroulé de l’histoire que l’auteure a su construire sans précipitation. La découverte des deux personnages et de leurs vécus se fait de manière équitable et parfaitement répartie tout au long du récit. A aucun moment, elle ne se risque à enjoliver les choses pour offrir une banale fin à l’histoire de Rose et Oliver. Au contraire, elle arrive à nous surprendre en nous amenant vers des évènements auxquels on ne s’attend pas forcément et qui finalement, ont toute leur place pour la cohérence et la logique de l’histoire.  

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Avec le personnage du meilleur ami de Rose, l’auteure nous offre là une belle démonstration de l’amitié dans toute sa beauté et sa pureté. J’ai adoré ce personnage !

 

Cette histoire telle que nous la présente l’auteure est d’une beauté assez rare en matière de littérature. C’est vrai qu’elle évoque des faits qui dépassent l’entendement, qui peuvent choquer tout comme ils peuvent émouvoir mais elle le fait avec une plume authentique et tellement belle que je ne peux que vous recommander de vous y plonger.

 

« Ne te fie jamais aux apparences. Des larmes peuvent se cacher derrière les plus beaux sourires »

 

Découvrir cette histoire, c’est se dire que dans l’humain il n’y a pas que du mauvais. Lorsqu’on veut se donner le temps et la peine de voir au fond des êtres, on peut y découvrir le meilleur. Je ne dis pas que ça marche avec tout le monde mais qui ne tente rien, n’a rien donc…

 

« Retirer le bénéfice du doute à chaque être que nous croisons est un voilement de façade »

 

On m’a souvent reproché le manque de sincérité dans mes écrits, des avis trop lisses, trop positifs voire surfaits où il n’y a jamais rien de négatif. Je prends les histoires telles que les auteur(e)s nous les proposent : avec leurs forces et leurs faiblesses. Je suis une amoureuse des livres qui respecte le fait qu’aucun livre n’est parfait ; comme aucune chronique d’aucune chroniqueuse(eur) n’est parfaite.

 

Ce qui me dérange le plus dans un livre (quel que soit son mode de publication), ce sont les coquilles en matière d’orthographe et de syntaxe. Je ne l’ai jamais caché car c’est quelque chose sur lequel j’ai beaucoup de mal à ne pas m’arrêter. Soit-dit en passant, ça ne concerne pas que les livres, d’ailleurs… Mais je n’en ai jamais profité pour descendre un livre qui pourrait avoir ce genre de faiblesse.  C’est un motif un peu facile, à mon sens… Et qui ne saurait remettre en cause le sens profond d’une histoire, tel que son auteur(e) l’a imaginé.

 

Et c’est pour ça, que dans le cas de « Inhumain », j’ai échangé à ce sujet avec l’auteure qui ne m’en a pas tenue rigueur. Parce que si on me demande de trouver, ne serait-ce qu’un seul point négatif, ce sont les quelques petites coquilles orthographiques relevées, qui n’ont absolument pas perturbé ma lecture et mon ressenti final. Nul n’est parfait, moi la première, et force est de constater que je n’arrive pas à trouver d’autre point négatif à cette histoire qui m’a transportée.

 

Et je suis obligée de revenir sur une de mes résolutions prises pour 2021 en décernant à « Inhumain » et à la plume de Ecrivain Anonyme, un très beau coup de  qui sera suivi, je le souhaite, par nombreux autres. Alors, vous savez ce qu’il vous reste à faire…

 

« Fais comme Rose et Oliver, n’abandonne jamais. Même lorsque c’est difficile. Demain ne peut être que meilleur lorsque tu prends le présent en main et que tu cesses de regarder en arrière. Construis le monde dans lequel tu veux évoluer »

 

Très bonne lecture et belle découverte de l’univers de Rose et Oliver !

 



25/02/2021
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