Mille livres en tête

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Le jour où tu es apparu (Alberta Road - T.3) / Mychèle S.

Et voilà, je referme ce 3ème (et dernier) tome d’Alberta Road avec un sentiment de bien-être. Eh oui, c’est bien le mot qui s’applique à ce que je ressens car il est en tous points conforme à ce que j’espérais de Mychèle S. Merci Michèle pour ta confiance renouvelée sur ce magnifique Service Presse.

 

J’ai découvert cette auteure dans un univers on ne peut plus équin. Alors, je serais tentée de dire on oublie les deux précédents tomes pour découvrir celui-ci qui est totalement différent. Mais on ne peut pas les oublier, ce n’est pas possible. Même si dans « Le jour où tu es apparu », il n’est que très peu question de chevaux, il est indissociable des autres.

 

En effet, l’histoire de Josh se déroule, on pourrait dire, en parallèle de l’histoire de Cole dans le second opus – mais sur une période plus longue bien sûr -.  On retrouve des scènes du 2ème tome qui permettent de bien situer les évènements mais qui parfois restent douloureuses à revivre. Et je pense que l’idée est bien trouvée car Josh, dans le précédent tome, était un peu un personnage de l’ombre de par sa propre histoire qui ne pouvait pas être abordée de la même façon que celle de ses amis Will et Cole. Et ce manque de lui est finalement très vite oublié grâce à ce 3ème tome qui est d’une grande qualité d’écriture.

 

On découvre donc Josh, 31 ans, ancien Marines marqué par de douloureuses séquelles, physiques et psychiques, ramenées de son passé en Afghanistan.  Personnage très  tourmenté par de nombreux démons, il ne trouve d’apaisement  que dans l’alcool. Un soir, à l’occasion d’un passage bien arrosé dans un bar, il va vivre un sacré moment d’égarement, dans les toilettes, avec une inconnue totalement saoule et désinhibée. Mais ce qui ne doit être qu’une histoire d’un soir va se révéler être le début de SON histoire.

 

« Au fil des mois et des années, les insomnies sont devenues mes seules compagnes nocturnes. Toutefois, la terreur de ce qu’elles impliquent désormais ne me quitte plus »

 

Ce à quoi il ne s’attendait pas, c’est de se retrouver face à son inconnue d’un soir en la personne de Zoe, 29 ans, brillante physiothérapeute et ostéopathe qu’il est venu consulter pour soigner son épaule abimée. Jeune femme divorcée,  elle n'a pas non plus été épargnée par la vie avec un lourd passé de femme que l’on devine « maltraitée ».

 

« Oh mon Dieu… C’est ce même homme qui m’a prise sauvagement contre le mur des toilettes du Black Horse, lors de notre sortie, samedi soir. »

 

Quand deux âmes malmenées par la vie se découvrent l’une à l’autre s’agit-il de reconstruction ou de renaissance ?

Comment apprivoiser des sentiments dont on ne se croyait plus jamais capables pour tenir les démons du passé hors de son présent?

 

Ce tome termine parfaitement la saga Alberta Road sur une très belle note. Les personnages sont encore plus touchants que les précédents. Peut-être parce qu’ils sont bien différents. J’ai trouvé leur histoire respective encore plus poignante, plus profonde et vraiment aboutie tant l’auteure n’a négligé aucun détail. Si j’avais à choisir un tome, ce serait celui-là sans aucune hésitation.

 

En effet, écrit à 2 voix, on comprend très vite que la lecture va être différente car tous les 2 souffrent de troubles importants. Et ce que j’ai apprécié c’est qu’au travers des cauchemars de Josh, l'auteure nous fait vivre les douloureux moments d'intervention en Afghanistan mais sans tomber dans des scènes violentes et trop nombreuses. Elle a ajouté ce qui était réellement essentiel et important pour comprendre l’histoire de Josh.

 

« Je suis devenu un homme sans visage, sans vie, qui ne reconnaît plus son propre reflet dans la glace. Je ne suis plus rien depuis ce jour maudit »

 

Elle en a fait de même pour l’histoire de Zoé qu’elle n’a pas traitée de la même façon - car il n’y a pas de flashbacks - mais qu’on imagine aisément car tout en suggestion. Ce parti pris est finalement un soulagement car traiter deux pathologies psychologiques assez importantes dans un même roman aurait probablement rendu la lecture pesante. Finalement, l’auteure n’a pas choisi d’exploiter les faces les plus sombres de ses personnages, elle a fait ressortir le meilleur d’eux-mêmes malgré des vies respectives entachées par la douleur. Et au fil des pages, le voile se lève petit à petit sur une très belle histoire de reconstruction. Et nous fait prendre conscience que confiance et patience sont les meilleurs remèdes pour atténuer les cicatrices du passé (à défaut de pouvoir les effacer totalement).

 

Ce qui est intéressant c’est la façon dont sont abordés les personnages. En effet, le personnage de Josh est sombre, certes, mais au contact de Zoé qui est assez fraîche et pétillante, on le découvre, dans la première partie de l’histoire, parfois assez taquin. Il aime la "chercher ". Ne dit-on pas « Qui aime bien châtie bien » ? Et autant dire que leur relation fait parfois des étincelles. Et ça apporte une certaine légèreté dans un contexte qui s’annonce, dès le départ, assez poignant. Et lui, qui finalement n’a pas d’attaches particulières, va trouver en la famille de Zoé, des personnages qui donnent au mot "humanité" un sens encore plus profond et plus touchant.

 

« Plus déboussolé et traumatisé que jamais. Une large part de moi n’est jamais revenue de cet enfer.

Non, j’ai laissé bien plus que cela là-bas en fait… »

 

Justement parlons-en de cette famille ! A l’exact opposé de celle de Josh, c’est une belle image de la famille unie que nous offre l’auteure. Tous les personnages qui la composent sont d’une incroyable qualité. Ils sont vraiment essentiels au déroulement de l’histoire de Zoé. C’est une pierre importante qui est apportée à cet édifice qu’est sa reconstruction.  Mais aussi pour l’histoire de Josh qui va se révéler un peu perdu et déstabilisé à leur contact.

 

« On ne connaît pas ! Je n’ai même pas encore compris pourquoi vous m’avez proposé de venir ici ! »

 

Et pour en finir avec le thème de la famille, j’ai été particulièrement touchée par le passage qui aborde celle de Josh. Passage court mais malgré tout assez fort en émotion et lourd de sens. En peu de mots et simplement quelques lignes, l’auteure délivre son message.

 

Mychèle, pour ceux qui ne le savent pas, a un touchant attachement pour les chevaux ; pour ne pas dire qu’elle en est follement amoureuse. C’est vrai qu’à la base sa propre histoire m’a bouleversée et profondément touchée. Heureusement, je sais faire la part des choses et ne pas faire entrer en ligne de compte ce genre de sentiments pour faire d’elle une auteure hors norme et exemplaire. Mais je reste persuadée que c’est grâce à cet amour, certes douloureux, que les deux premiers tomes de la saga étaient d’une grande qualité d’écriture.

 

Comme l’adage le dit « Chassez le naturel, il revient au galop ». Mais contrairement à ce qu’on aurait pu penser, l’évocation du monde équin reste vraiment moindre ; on découvre avec parcimonie la très belle histoire que Josh entretient avec son cheval Fire, comme son confident, sa moitié à l’état animal. J’ai vraiment aimé découvrir le thème de cette belle complicité entre l’homme et l’animal, traité de manière différente. Je trouve même que le choix des scènes, vraiment qu’occasionnelles, apporte encore plus en pureté et en émotion. Bravo Mychèle pour cet exercice qui a du se révéler difficile.

 

« En dehors de mes plaques et mes démons, Fire est le seul bagage que j’ai pris avec moi en quittant le Texas. Et très certainement, le seul être aux yeux duquel j’avais encore un peu d’importance à ce moment-là. »

 

Et nouveauté dans l’écriture de Mychèle : un soupçon de suspens, une histoire dans l’histoire (bon pour moi il y en a eu deux). Et j’avoue que de ce côté-là j’ai étais agréablement surprise. Alors non, vous n’aurez pas le suspens d’un polar, vous n’aurez pas de sueurs froides mais l’essai est bien réussi. Le petit « truc » supplémentaire qui finalise parfaitement ce roman fait de hauts et de bas (ah ben oui, il en faut !) et qui n’en rendra votre lecture que plus agréable et intéressante. Note purement personnelle à l'auteure : Mychèle si tu avais fait apparaître Shemar MOORE, j’aurais été comblée.

 

Au final, ce dernier roman est un agréable condensé d’émotions, de sentiments vrais, de personnages touchants, de scènes poignantes ou cocasses ; bref, tous ses ingrédients qui font qu’on est pris et portés par l’histoire, d’un bout à l’autre. Donc un beau coup de  pour ce tome encore plus que les autres et pour cette auteure dont la beauté, la pureté et la simplicité de l’écriture ne sont, selon moi, que le reflet de son âme et de sa sensibilité.

 



14/08/2018
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