Mille livres en tête

Mille livres en tête

Quelle lectrice pensez-vous être ?

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Cet article n'a pas pour vocation d'être moralisateur, critique ou de se poser comme exemplaire. Les propos tenus sont un condensé de mon point de vue personnel et de la vision que j’ai de moi en tant que lectrice.


Dans le domaine de la lecture, il n'y a pas de bon ou de mauvais lecteur. Il y a juste des hommes et des femmes réunis par une même passion mais qui peuvent la vivre de manière différente : certains dans la simplicité, d’autres dans l’excès.


Que vous lisiez votre journal quotidien, que vous lisiez seulement des BD, que vous lisiez un seul livre de temps en temps ou plusieurs livres chaque semaine/chaque mois, que vous lisiez un livre d'un seul coup ou seulement un chapitre par jour, que vous lisiez un seul genre ou plusieurs, et que vous lisiez en numérique ou sur papier, vous êtes lecteur/lectrice. Tout simplement parce que vous vous ouvrez sur d'autres mondes : celui de l'information, celui du vécu ou celui de la fiction.


Rares doivent être les personnes qui n'ont pas découvert la lecture en étant enfant et ont donc été, à un moment de leur vie lecteur/lectrice. La vie de chacun fait que certains s'en sont éloignés de manière significative et d'autres ont renforcé ce lien qui les unissait aux livres.


A mon sens, la littérature a toujours été un moyen d'échange, dans le respect et la bienveillance (sauf peut-être pour ceux traitants de sujets délicats en relation avec la religion). Pour preuve, il existe des clubs de lecture qui ont pour seul but, réunir des personnes d'horizons différents dans une même envie de partager.


Depuis quelques temps, la lecture est devenue un sujet soumis à polémique qui peut engendrer, notamment sur les réseaux sociaux, des climats tendus menant à des rivalités, des sentiments de devoir se justifier de faire moins bien que d'autres mais aussi une manière de se mettre en avant pour imposer son ressenti comme étant celui que l'auteur a voulu faire passer. Et avec l'entrée dans la danse des maisons d'éditions qui profitent très largement du phénomène des réseaux sociaux, en offrant la possibilité à une certaine catégorie de découvrir et de mettre en avant leurs ouvrages, un climat de compétition s'est développé et amplifié.


Je me souviens, lorsque j'étais enfant, mon univers de lecture c'était Oui-Oui (du plus loin que je me souvienne) puis les bibliothèques rose ou verte avec "Le club des cinq", "Le clan des sept", "Alice...", etc... Une période d'insouciance !


Puis j'en suis progressivement venue à Guillaume MUSSO et Marc LEVY. Et en 2016, avec le phénomène "50 nuances de Grey", je suis arrivée un peu par hasard dans la New Romance. C'est au détour d'une conversation avec mes collègues de l'époque, lors d'une matinée au RAM dont je dépendais, que j'ai découvert Christian GREY. Autant dire qu'il m'a fallu très peu de temps pour dévorer cette trilogie qui m'a tenue éveillée quelques nuits. Et avec les réseaux sociaux sur lesquels ce genre littéraire prenait de l'ampleur, ça ne s'est pas arrangé puisque la New Romance occupe aujourd'hui les 3/4 de ma bibliothèque.


A cette époque, je n'ai pas souvenir d'un climat pesant autour de ce loisir ; bien au contraire, l'échange était simple et naturel. Et j'ai fait de très très belles rencontres.


Aujourd'hui, lorsque je lis, honte à moi, je suis rarement influencée par des avis extérieurs – ça peut arriver mais c'est très rare - car je veux rester libre de mes choix et ne pas me laisser parasiter par tel ou tel avis. C'est connu, nous avons tous/toutes une perception différente et ce qui convient à l'une peut ne pas convenir à l'autre. Si je dois avoir un regret de choix de lecture, je préfère en porter l'entière responsabilité.


Parfois, je me dis que je ne suis pas une vraie lectrice puisque je ne m'identifie pas à ce que la société actuelle nous présente comme de vraies lectrices : ces influenceuses en livres à qui sont attribuées de nombreuses propagandes, qui inondent les réseaux sociaux. Je me demande si je coche tous les critères pour réellement être considérée comme une potentiellement vraie lectrice même si ma pile à lire et mes bibliothèques sont au bord de l’asphyxie.


Chez moi, pas de 15 livres lus par mois, pas de 130 pages lues en une heure, pas de longues heures passées au fond de mon lit parce que je n'ai que ça à faire de mes journées, pas de larmes versées en veux-tu en voilà, pas de liens étroits avec des auteures à étaler sur Instagram, pas... et encore pas de beaucoup de choses.


Comme je le mentionnais dans mon article "To be or not to be... bookstagrameuse", la lecture est devenue un moyen de se mettre en avant en permanence et d'obtenir une reconnaissance prouvant sa légitimité, pour toute lectrice qui se considère comme telle à un niveau bien supérieur à la moyenne.


Mon niveau à moi est bien inférieur à toutes ces lectrices qui pensent que lire 15 livres par mois ou 130 pages par heure est un gage de leur statut de "reine de lecture" et de la qualité de leurs avis. Je suis un peu sidérée d'entendre que, parce qu'il y a quelques longueurs dans un livre, ces mêmes lectrices lisent "en diagonale" et le disent ouvertement. Ce concept-là je ne le connais pas puisque je pars du principe que tout ce que l'auteure a pris le temps d'écrire est indispensable à son histoire.


A l'heure actuelle, je me considère comme la lectrice lambda, comme il en existe par milliers, qui

 

- ne peut s'empêcher de faire, systématiquement dès que l'occasion se présente, un tour dans l'espace culturel de ses enseignes préférées, sans forcément acheter mais juste pour le plaisir,

 

-  n'achète pas de manière compulsive chaque mois,

 

- qui n'aime pas "bâcler" ses lectures mais au contraire prend le temps d'en apprécier tout le contenu,

 

- est toujours surprise lorsqu’elle a su donner envie à une seule personne de lire un livre – ça m’est arrivé deux fois en 2 ans donc pas de quoi se vanter non plus -,

 

- qui espère ne jamais porter atteinte, avec ses avis, au travail des auteures qui passent plus de temps à écrire et peaufiner leurs romans que celui que les lectrices mettront à le les lire,

 

- et qui s’estime heureuse de pouvoir arriver à lire ne serait-ce qu’un tout petit peu chaque jour.

 

Je pense qu’il y a beaucoup plus de lecteurs/lectrices dans mon cas qui n’envisagent pas la lecture comme un marathon à remporter. Du moins, je l’espère.

 

Car je garde toujours à l’esprit que plus important dans la lecture c’est le plaisir qu’on en retire et non pas de ressortir fière comme un paon d’avoir coiffé les autres au poteau pour remporter la victoire. Le plaisir de lire et de s’évader, c'est simplement ça qui doit nous réunir et non pas nous diviser !

 

Merci à toutes ces personnes qui chaque jour, sur les réseaux sociaux ou ailleurs, savent rester elles-mêmes. Vous êtes vous les vraies lectrices et les vraies représentantes de cet univers ; ne l'oubliez jamais !



30/01/2022
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